
J’ai lu : Personalized Professional Learning d’Allison Rodman
C’est Cassandra Henry-Brouillette, conseillère en développement d’autoformations pour le CADRE21 et chargée des partenariats, qui m’a parlé de ce livre après l’avoir découvert lors d’un passage à ISTE. Je l’ai dévoré.
Personalized Professional Learning s’adresse à toute personne responsable d’organiser la formation du personnel enseignant. Les gestionnaires scolaires, les coordonnateurs, les directions des services pédagogiques et les conseillers pédagogiques y trouveront de quoi mieux structurer leur offre. Le personnel enseignant peut aussi en tirer profit, puisque l’autrice propose de bonnes pistes pour choisir les formations qui lui conviennent réellement.
Pourquoi une formation identique pour tous n’est pas l’idéal
Allison Rodman commence par démonter un modèle encore répandu, celui où l’ensemble du personnel reçoit la même formation, peu importe ses besoins. Selon l’autrice, un enseignant type consacre 68 heures par année à de la formation dirigée par son organisation, et jusqu’à 89 heures si on ajoute la formation autonome. Malgré cet investissement, seulement 29 % du personnel enseignant se dit réellement satisfait de son offre de formation.
Selon l’autrice, les études sur le sujet ne dégagent aucun format unique qui garantirait l’efficacité. Ce qu’elles démontrent, c’est que l’apprentissage à l’âge adulte est une expérience hautement personnalisée. Le concept d’andragogie, développé par l’Allemand Alexander Kapp dès 1833, distingue depuis longtemps l’apprentissage transmis par un enseignant de celui qui passe par la réflexion et l’expérience propre à chaque adulte. Rodman s’appuie sur cette base pour proposer son modèle.
Comment redonner de la voix et de l’agentivité au personnel enseignant ?
L’agentivité, c’est la capacité du personnel enseignant à orienter activement son propre développement professionnel, plutôt que de recevoir passivement des formations décidées par d’autres. Rodman rappelle que les enseignants qui choisissent la majorité de leurs formations sont deux fois plus satisfaits que ceux qui n’ont aucun mot à dire.
Rodman propose d’inviter le personnel enseignant à participer dès le début du processus, autant dans le choix des sujets que dans la façon de les aborder. Elle insiste aussi sur le rôle des directions : si la formation vaut le temps des enseignants, elle vaut aussi celui des gestionnaires, qui devraient y assister comme participants et non comme observateurs au fond de la salle.
Comment aligner la formation avec les besoins réels du milieu ?
Rodman propose une grille qui croise deux facteurs pour chaque sujet de formation : le niveau de besoin du milieu et le niveau d’intérêt du personnel enseignant. Cette grille détermine ensuite le format et le moment le plus approprié pour proposer la formation. Un sujet jugé prioritaire, à la fois nécessaire et souhaité par le personnel, mérite un accompagnement soutenu, pendant ou hors des heures de travail. Un sujet moins prioritaire, moins nécessaire ou moins souhaité, se prête davantage à une formation ponctuelle offerte hors des heures de travail.
Dans cette section, Rodman distingue aussi trois approches. Dans un modèle différencié, le groupe travaille sur le même sujet, mais le formateur adapte ses ressources selon les besoins de chacun. Dans un modèle individualisé, chaque personne progresse à son propre rythme vers la maîtrise d’un contenu commun, avec le formateur comme stratège. Dans un modèle personnalisé, chaque enseignant définit lui-même ses objectifs et le formateur agit comme accompagnateur plutôt que comme meneur.
Des outils concrets tirés des annexes
J’ai particulièrement apprécié les annexes de ce livre. Rodman ne se contente pas de théoriser : elle fournit des outils pour identifier les forces et les besoins de croissance de son personnel selon l’expérience, le niveau scolaire et la matière enseignée. Elle propose aussi des grilles pour cartographier les sujets de formation selon leur fonction et leur format, ce qui aide à décider si un sujet mérite une rencontre unique, une communauté d’apprentissage professionnelle mensuelle ou un accompagnement étalé sur l’année.
Ces annexes montrent bien que la personnalisation de la formation ne s’improvise pas. Elle demande d’écouter son milieu, de sonder les besoins avant de planifier, et d’accepter que certains sujets nécessitent un format différent des autres, même quand ça complique l’horaire.
Ce livre va assurément devenir un outil de référence pour moi. Je compte le reconsulter régulièrement et utiliser les grilles proposées dans mes propres mandats. Si vous organisez de la formation pour du personnel enseignant, c’est un incontournable.
