J’ai lu : L’utilisation pédagogique, éthique et légale de l’intelligence artificielle générative

Le ministère de l’Éducation vient de publier la mise à jour 2026 de son Guide d’utilisation pédagogique, éthique et légale de l’intelligence artificielle générative (IAG) destiné au personnel enseignant. J’aime que le ministère ait choisi d’actualiser le guide dès maintenant, seulement deux ans après la version initiale de 2024, le rythme d’évolution de l’IA le justifie amplement. J’ai pris le temps de le lire attentivement, de prendre des notes et de réfléchir au fil de ma lecture.

Voici ce que j’en retiens.

Un guide ancré dans la mission de l’école québécoise

Le document rappelle d’entrée de jeu que l’utilisation de l’IAG en éducation doit toujours servir la mission fondamentale de l’école québécoise, soit instruire, socialiser et qualifier les élèves. Le personnel enseignant est invité à se demander comment saisir les possibilités qu’offre l’IAG tout en minimisant les risques associés, et comment préparer les élèves aux réalités que cette technologie amène, sans nuire à leur développement cognitif.

Le guide se positionne aussi comme un complément à d’autres référentiels déjà en place, notamment le Cadre de référence de la compétence numérique et le Référentiel de compétences professionnelles de la profession enseignante, dont la 12e compétence, Mobiliser le numérique, est directement interpellée.

Comment structurer sa réflexion avant, pendant et après l’utilisation de l’IAG ?

Le guide propose une réflexion en trois temps. Avant d’utiliser l’IAG, on identifie ses objectifs et la façon dont l’outil peut y contribuer. Pendant l’utilisation, on ajuste au besoin. Après, on fait un retour réflexif sur ce qui a fonctionné ou non.

L’étape « avant » propose des exemples concrets qui parlent au personnel enseignant : la différenciation pédagogique par la création de textes ou d’images adaptés, la génération de contre-exemples, ou encore le tutorat adaptatif. Je pense entre autres aux GEMs du site GEM la pédagogie, que je vois utilisés dans les milieux que j’accompagne. J’y observe régulièrement des exemples concrets d’usage pour la différenciation, par exemple, des GEMs qui aident les élèves à formuler leurs opérations intellectuelles, ou d’autres qui proposent une rétroaction sur une tâche d’écriture.

Le guide recommande d’explorer ces pistes avec des collègues, de valider si les élèves ont les compétences numériques nécessaires, et de privilégier des systèmes d’IAG conçus à des fins pédagogiques. Lorsque cette exploration se fait en équipe, les conversations pédagogiques qui en émergent sont toujours riches.

Le guide s’attarde aussi au volet évaluation. L’IAG peut soutenir les pratiques évaluatives, autant formatives que sommatives, en aidant, par exemple, à créer des grilles ou à générer une première rétroaction, mais elle ne remplace jamais le jugement professionnel. Le guide aborde aussi l’intégrité intellectuelle, un enjeu que je considère fondamental si on veut que la valeur d’un diplôme reste intacte. Plusieurs milieux scolaires se dotent déjà de politiques à ce sujet, et le document encourage les échanges ouverts avec les élèves plutôt que la seule surveillance.

https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/education/Numerique/Outil-complementaire-Ethique-IA.pdf

Quels principes éthiques guident l’utilisation de l’IAG en classe ?

Le guide identifie cinq principes éthiques à considérer : la sobriété numérique, la qualité des contenus générés, l’équité et l’inclusion, la transparence et l’explicabilité, ainsi que l’agentivité. Ces principes s’accompagnent chacun de questions de réflexion concrètes que le personnel enseignant peut réutiliser directement dans sa pratique.

Sur la qualité, le guide rappelle que même si les systèmes d’IAG se sont améliorés, ils demeurent sujets à des erreurs et exigent une validation humaine systématique. L’agentivité, elle, est décrite comme un tremplin autant qu’un écueil : l’IAG peut alléger la tâche du personnel enseignant, mais elle peut aussi créer une dépendance qui rend plus difficile la réalisation de certaines tâches sans elle.

Chaque section se conclut par un cadre à quatre volets, comprendre, utiliser, analyser et créer, présenté en parallèle pour le personnel enseignant et pour les élèves. J’aime ce côté pratico-pratique, on donne des exemples concrets, applicables. Ces questions de réflexion sont un super outil pour nos pratiques réflexives.

Quelles obligations légales le personnel enseignant doit-il connaître ?

Le guide aborde trois obligations légales : la sécurité de l’information, la protection des renseignements personnels et les droits d’auteur. La règle de base est simple, en l’absence d’une connaissance approfondie des conditions d’utilisation d’un système, toute information transmise doit être considérée comme publique, ce qui exclut d’emblée les renseignements sensibles, confidentiels ou personnels.

Un exemple que je retiens du guide illustre bien la complexité du sujet : même les réponses d’un élève à une évaluation, sans nom apparent, peuvent permettre une identification indirecte par combinaison d’informations. Le document rappelle aussi que le personnel enseignant a la responsabilité de valider ses pratiques en cas de doute, plutôt que d’attendre une directive. Je vous invite à valider auprès de vos directions, de vos services informatiques ou de vos conseillers RÉCIT. Sur les droits d’auteur, le guide souligne que certains systèmes d’IAG utilisent le contenu des requêtes pour s’entraîner, et que le manque d’explicabilité de plusieurs outils rend difficile de garantir qu’une information transmise ne sera jamais reproduite ailleurs.

Il est important de se rappeler de notre responsabilité lorsqu’on copie colle ou donne du contenu à l’IA.

J’ai travaillé avec plusieurs milieux qui ont déjà réfléchi à la place de l’IA en éducation et mis en place des politiques à ce sujet. Ce document vient appuyer tout ce travail et l’outiller avec ses questions réflexives.

À ajouter à votre liste de lecture assurément!

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