
Khan Academy et Google : ce que j’ai retenu de l’échange entre Sal Khan et Ben Gomes
Lorsque j’ai su que j’aurais l’occasion d’entendre Salman Khan en personne, je savais que je ne pouvais pas manquer ce moment. Suivre l’évolution de Khan Academy est une chose, mais l’écouter partager sa vision, surtout dans le contexte d’un partenariat avec Google et l’intégration de Gemini, rendait l’événement incontournable. Voici les points marquants de cette conversation avec Sal Khan et Ben Gomes (Chief Technologist chez Google) sur l’avenir de l’apprentissage.
Un parcours ancré dans la résolution de problèmes
Sal Khan a rappelé que son projet n’est pas né d’une ambition technologique, mais d’un besoin concret : aider sa cousine Nadia avec ses mathématiques. En identifiant les lacunes spécifiques qui bloquaient sa progression, il a commencé à concevoir des outils simples pour elle et plusieurs de ses proches.
L’aspect inédit de ses premières vidéos sur YouTube tenait à un facteur humain : les élèves pouvaient apprendre à leur rythme, sans la pression du regard d’autrui. Google a été l’un des premiers soutiens financiers majeurs de l’organisation à but non lucratif dès 2010.
L’IA comme levier de réflexion
Pour Ben Gomes, dont la carrière chez Google est liée à la recherche d’information, l’IA générative est une suite logique. Il a souligné que si l’IA peut désormais générer du langage, elle ne remplace pas pour autant la nécessité de savoir écrire.
Sal Khan partage cet avis : pour utiliser ces outils efficacement, il faut posséder les connaissances fondamentales. C’est dans cet esprit qu’a été conçu le Writing Coach, intégré à Khan Academy grâce aux modèles Gemini de Google.
Le « Writing Coach » : un tuteur, pas un rédacteur
L’annonce officielle de ce partenariat, détaillée dans l’article de Google « Collaborating with Khan Academy to build the best AI tools for learners », met l’accent sur un accompagnement structuré :
- Support personnalisé : Gemini adapte ses retours pour débloquer l’élève lorsqu’il stagne, en proposant des exemples plutôt que des réponses.
- Apprendre à penser : L’outil aide l’élève à bâtir son plan et à organiser ses idées au lieu de rédiger le texte à sa place.
- Transparence pour l’enseignant : L’enseignant a désormais accès à tout le processus de rédaction, et pas seulement au résultat final, ce qui aide à décourager la triche.
Amol Rajan a alors introduit le concept d’eudémonie (ou eudaimonia) pour qualifier cette recherche d’épanouissement. Ce terme, central dans la philosophie d’Aristote, se distingue nettement de l’hédonisme :
- L’hédonisme se concentre sur la recherche du plaisir immédiat et l’évitement de la souffrance.
- L’eudémonisme est la recherche du bonheur par la vertu et la raison. Il ne s’agit pas d’un état passif, mais d’une activité de l’âme.
Redonner du temps aux enseignants
L’un des enjeux majeurs discutés est la surcharge de travail des professeurs. Khan et Gomes s’accordent sur le fait que l’IA doit servir à libérer du temps en automatisant les tâches administratives ou les questions répétitives. Cela permet aux enseignants de se concentrer sur des tâches à plus haute valeur ajoutée : créer des connexions entre les concepts, accompagner les projets créatifs et personnaliser l’enseignement.
Le partenariat s’étend aussi à Schoolhouse.world, où Gemini assiste les tuteurs en analysant les transcriptions pour leur fournir des retours sur la qualité de leur tutorat.
Une vision pragmatique
Interrogé sur les barrières actuelles, Sal Khan a pointé du doigt la peur et le « bruit » ambiant autour de l’IA. Pour lui, l’important est de rester focalisé sur les problèmes à résoudre, comme la personnalisation de l’apprentissage à grande échelle.
L’objectif pour l’année à venir est d’utiliser ces outils pour encourager la curiosité naturelle des élèves. Moins de tâches ingrates, plus d’engagement : une vision où la technologie soutient l’humain sans chercher à le remplacer.
Note: ces outils ne sont disponibles qu’en anglais et qu’aux États-Unis pour le moment.
