
Bett 2026 : l’IA et l’avenir de l’éducation
Je me trouve actuellement à Londres pour le Bett, un salon consacré aux technologies de l’éducation. Le 21 janvier, j’ai assisté sur la scène principale à un entretien entre Hannah Fry et le journaliste Amol Rajan.
J’ai adoré Hannah Fry, qui s’ajoute maintenant assurément à ma veille. Elle se présente sur Linkedin comme Mathematician, broadcaster and all round badass. J’adore. Hannah Fry est une mathématicienne, professeure et vulgarisatrice britannique, connue pour ses travaux sur les modèles mathématiques du comportement humain et ses interventions médiatiques pour expliquer la science des données.
Une définition contestée de l’IA
Hannah Fry a souligné que le terme même d’intelligence artificielle est matière à débat et a été très mal choisi lors de sa création dans les années 1950. On pourrait d’ailleurs contester la notion d’intelligence pour qualifier ces systèmes. Au départ, il s’agissait de simples algorithmes permettant à un ordinateur de prendre une décision ou de faire un choix. Aujourd’hui, la définition a évolué pour se concentrer sur l’apprentissage, mais le terme originel reste, selon elle, inadapté.
Quelle finalité pour l’éducation ?
Hannah Fry a soulevé une question sur le rôle de l’enseignement : l’éducation sert-elle à obtenir un emploi (to get a job) ou à s’épanouir (to flourish) ? Selon elle, nous sommes au bas d’une courbe exponentielle qui change la donne. La structure même de la société, basée sur le cycle école, travail puis retraite, semble devenir désuète. L’idée d’avoir un métier pour toute la vie est terminée et l’IA va accélérer la nécessité d’un apprentissage continu. Traiter les humains comme des disques durs que l’on remplit pour les préparer au marché du travail ne fonctionne plus.
Amol Rajan a alors introduit le concept d’eudémonie (ou eudaimonia) pour qualifier cette recherche d’épanouissement. Ce terme, central dans la philosophie d’Aristote, se distingue nettement de l’hédonisme :
- L’hédonisme se concentre sur la recherche du plaisir immédiat et l’évitement de la souffrance.
- L’eudémonisme est la recherche du bonheur par la vertu et la raison. Il ne s’agit pas d’un état passif, mais d’une activité de l’âme.
Littéralement, cela signifie avoir un bon esprit ou un génie intérieur. C’est l’idée d’une vie réussie parce qu’elle est bien vécue, en accord avec sa propre nature, plutôt que par une simple satisfaction des sens. Cette quête d’accomplissement de soi se heurte toutefois à des obstacles concrets dans notre société moderne, notamment l’isolement et les limites physiques de notre environnement.
Les défis de la connexion humaine et de l’énergie
L’échange a mis en lumière deux enjeux majeurs pour l’avenir :
- La solitude et les relations : alors qu’auparavant la solitude augmentait avec l’âge, on observe aujourd’hui une fracture différente. Les relations avec l’IA sont comparées à une version junk food de la relation humaine. Une véritable connexion humaine se définit par sa difficulté et l’effort que nous y consacrons malgré tout.
- La pression énergétique : le développement massif de l’IA nécessite des ressources énergétiques sans précédent. Hannah Fry prédit que seule la science, et plus particulièrement la fusion nucléaire, pourra répondre à cette demande croissante sur le système.
Conclusion : étendre le territoire
Si l’IA maîtrise désormais la carte des concepts humains existants et peut forger des connexions que nous n’avions pas repérées, elle reste dans un territoire déjà délimité par l’humanité. Le rôle de l’humain est d’étendre ce territoire. Dans un monde où la production automatisée risque de devenir uniforme, la valeur résidera dans l’originalité et les approches atypiques. L’enjeu est de sortir d’un modèle strictement productiviste pour revenir à l’essentiel : la connexion et l’épanouissement.
