
Gestion du changement à l’ère de l’IA
On me pose souvent la question : « Quels sont les milieux les plus en avance avec l’intelligence artificielle ? » Habituellement, derrière cette question, il y a l’envie de découvrir ce qui se fait de wow, de spectaculaire. Ma réponse surprend parfois : selon moi, les milieux les plus en avance ne sont pas ceux qui ont deux ou trois personnes très geeks (même si j’aime bien ça des geeks :)) à l’interne capables de faire des prouesses. Ce sont ceux qui font bien leur gestion du changement et qui avancent collaborativement tous ensemble.
En écoutant récemment le webinaire de Vooban Gestion du changement à l’ère de l’IA, vos réflexes pour réussir, avec comme invité Hugo Privé, associé président-directeur général chez Alia Conseil, j’ai retrouvé des éléments que j’observe sur le terrain. Je vous partage ici les points qui m’ont marquée et qui reflètent bien ce que je vois dans les milieux où ça fonctionne bien, l’intégration de l’IA.
Comprendre d’où partent nos équipes
Avant même de parler de stratégie, il faut prendre un pas de recul et comprendre le point de départ.
L’IA, ça peut faire peur. Les films et la science-fiction ne nous ont pas vraiment aidés. À chaque fois qu’on regarde un film qui parle d’intelligence artificielle, il y a souvent ce petit côté où l’IA prend le contrôle et se débarrasse des humains. Ça laisse des traces dans l’imaginaire collectif.
Il faut aussi reconnaître que cette transformation numérique n’est pas comme les précédentes. Elle va beaucoup plus en profondeur. Elle vient jouer sur la culture, sur les aspects éthiques, et soulève des préoccupations bien plus larges que l’implantation d’un simple logiciel.
Autre particularité : ce n’est jamais fini. Ça évolue sans arrêt. On ne peut plus se dire « voilà, trois formations, tout le monde est formé, check, c’est réglé ».
Et puis, on n’a pas vraiment le choix. L’IA s’est implantée partout, dans nos outils, dans notre vie personnelle et professionnelle. Bien sûr, on a une part d’agentivité sur la façon dont on l’accueille, mais elle s’est imposée un peu de force. C’est à prendre en compte dans l’accompagnement.
Bâtir une culture d’expérimentation
Selon Hugo Privé, on ne peut plus aborder ces changements comme on le faisait avec les technologies du passé. Avant, on fonctionnait par phases bien découpées. Maintenant, il faut bâtir une culture d’apprentissage et d’expérimentation. Il faut des occasions régulières d’essayer, à une fréquence soutenue, pour que les gens s’approprient les outils.
Impliquer les équipes dès le départ
Ceux qui avancent le plus rapidement sont ceux qui ont impliqué tout le monde dès le début. Une vision globale, partagée, qui ne reste pas en silo. C’est exactement ce que j’observe aussi dans les milieux que j’accompagne : quand l’implication est large dès le départ, la suite se passe mieux.
Quand il y a de la transparence et beaucoup de discussions, il y a aussi une place pour aborder les enjeux éthiques tôt dans le processus. Ça aide énormément. On peut alors cibler là où la collaboration entre l’humain et l’IA met en valeur nos compétences humaines.
Quelques réflexes qui font la différence :
- Trouver ses meilleurs ambassadeurs sur le plancher, pas juste autour d’une table de réunion.
- Écouter ceux qui voient des freins, qui vivent des émotions face à l’arrivée de l’IA. Cette écoute crée la confiance.
- Avancer par petites bouchées plutôt que par grands projets impressionnants.
- Susciter la curiosité plutôt que la méfiance.
- Présenter l’IA comme une intelligence augmentée, qui amplifie ce que l’humain fait de mieux.
Trouver l’équilibre entre littératie et expérimentation
Au niveau de la formation, il faut une vraie balance. D’un côté, des moments de littératie pour comprendre comment ces outils fonctionnent et ce qu’ils peuvent faire. De l’autre, des temps d’expérimentation concrète qui répondent aux besoins du milieu. C’est ce que je vois dans les organisations que j’accompagne, et ça fonctionne.
Il ne faut surtout pas négliger les compétences humaines, qui doivent continuer à être développées. Et il ne faut pas oublier l’accompagnement des gestionnaires, qui chapeautent tous ces projets.
Petits ou grands milieux : est-ce que ça change quelque chose?
Une question intéressante a été posée pendant le webinaire : voit-on des différences entre les petits milieux et les plus grands?
La grosse différence se situe surtout au niveau de la capacité d’investir, dans les licences payantes et les outils. Mais cette capacité varie autant chez les petits que chez les grands dans ce que je constate de mes visites dans les milieux.
Ce qui change vraiment, ce n’est pas la taille du milieu. C’est le style de leadership, l’ouverture, la place laissée à la discussion. Le niveau de maturité numérique aide aussi : si une culture d’apprentissage continue est déjà en place, ça accélère tout le reste.
Ne pas oublier les balises et la cybersécurité
Oui à l’exploration, oui à l’expérimentation, mais on garde toujours en tête la cybersécurité et la gouvernance. On veut éviter une expérimentation qui s’éparpille dans une multitude d’outils, ce qui pourrait amener des risques.
Ce que j’observe, c’est que les milieux qui avancent bien ont des balises claires. Pas besoin de 40 pages de règlements. Des balises ancrées dans les valeurs et l’éthique de l’organisation sont plus faciles à comprendre, à adopter et à respecter par tous.
Attention à la fatigue cognitive
Une participante au webinaire a soulevé un point important : la fatigue cognitive face au changement. La courbe d’apprentissage est très rapide, très raide, et elle peut épuiser les équipes.
L’idée, c’est de ralentir un peu le rythme. Ce n’est pas évident, parce que tout va vite, mais en ciblant ensemble les compétences à développer, en se les divisant, en avançant par petites bouchées, on rend la chose viable. Pourquoi pas aussi se mettre en commun avec d’autres milieux pour voir ce qui se fait ailleurs et collaborer?
L’humain au centre, toujours
Ce qui revient comme un fil conducteur, c’est que c’est un projet humain avant tout. Si on met l’humain au centre, l’adoption suit. L’idée n’est pas de remplacer, mais d’amplifier nos capacités.
Je le dis depuis longtemps : je veux que le numérique amplifie ce que l’humain fait de mieux. Et pour y arriver, ce dont on a besoin, ce sont des leaders positifs à tous les paliers de l’équipe.
Alors, les milieux les plus en avance? Ce sont ceux qui avancent ensemble. Ceux qui placent l’amélioration continue au cœur de leurs façons de faire, qui gèrent bien leurs attentes, qui sont à l’aise d’essayer des choses, et qui cultivent cette transparence où chacun peut contribuer et partager.
Le webinaire mentionné est disponible ici : https://go.vooban.com/replay-gestion-changement-ia
